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Articles

Affichage des articles du 2016

Femme\femmes

Si l’été, plus que d’habitude, a été marqué par de nombreuse héroïnes, une tendance plus profonde s’est montrée à travers les grands films de cette saison. Nous revenons sur ceux-ci pour montrer comment les personnages féminins s’attachent à déconstruire une certaine idée de la femme, tandis que les métiers du cinéma restent très liés au genre — peu de réalisatrices, les femmes continuant souvent à être reléguées au statut d’acteur, et donc de l’image en tant qu’expression du paraître — quand ce n’est pas une femme elle-même qui revendique l’attribut phallique (il parait qu’être féministe, c’est « avoir du clito »). Car là où, habituellement, la femme, vue par des hommes, se contente d’être une image, un concept privé de toute réalité, en un mot un pur fantasme, les productions (notamment cannoises) de cette année nous donnent à voir des femmes et non plus la Femme. Si la démarche n’est pas neuve et l’énoncé sembler éculé, c’est la profusio...

Meetin' (again) WA

On est très éloigné des grandes heures de Woody Allen ( Tout ce que vous avez toujours voulu savoir ..., Bananas, Annie Hall, ... à se demander rétrospectivement si ces heures étaient si grandes ... ) mais malheureusement aussi bien loin du surprenant Irrational Man, dernier en date dans lequel on retrouvait des bribes des premières années et à la vision duquel, soyons honnêtes, nous nous en étions payé une bonne tranche. Hélas, Café Society n'échappe pas à la simplicité, voir à la banalité des scenarios signé WA depuis 10 ans, mais derechef, c'est quand même fâcheux pour un humoriste, de n'être pas, à un quelconque moment, drôle.       Évidemment on ne s'ennuie pas. Allen, après plus de soixante films, commence à connaître les ficelles du métier (n'est-ce pas là le plus grand des vices pour un cinéaste ?), mais ce qu'on retient à la sortie de la salle est de l'ordre de l'infiniment petit : Kristen Stewart est toujours plus...

Juste la fin du monde

C'est une constante, il n'y a jamais de laissés-pour-compte. L'intimité introspective de chacun des personnages, qu'il nous donne à découvrir est plus que jamais vertigineuse. Ce discours de Louis, en exergue, bien que délicieusement tragique, pouvait laisser pressentir une narration à sens unique de ce lettré et son regard sur sa famille qu'il ne peut comprendre. Or Louis n'est pas le conteur mais celui qui donne la parole. Un à un, ses proches s'y confient et lui, ne peut, ne veut plus rien leur dire, nous dire. Dolan nous fait à nouveau entendre la voix de ceux dont on croit connaître le discours, dont on se détourne par facilité. Ce détournement de douze années, cet isolement peut-être égoïste, Louis ne peut plus en combler les failles. Il préfère le renoncement, l'abandon au combat vain. La jeune Suzanne ne peut s'y résoudre et lutte à corps perdu mais Antoine et Catherine, eux, l'ont compris : c'est trop tard. Il faut se fair...

Accanto

   Que pouvait bien donner la rencontre entre une cinéaste déclinant de film en film et la plus géniale des actrices françaises ? Réponse : un Huppert Movie. C'est que, depuis le très beau Tout est pardonné (2007), la mise en scène précise et délicate de Mia Hansen-Love, touchant au plus profond des êtres après l'épreuve de la séparation (tantôt la rupture amoureuse dans Un amour de jeunesse , tantôt la mort - Tout est pardonné et Le Père de mes enfants ) s'étiolait à chaque nouveau film. En 2009, Le Père de mes enfants menaçait constamment de sombrer dans l'entre-soi, malgré un didactisme plaisant quant à sa description du fonctionnement au quotidien d'une boîte de production. Hommage de la cinéaste à son producteur suicidé, Humbert Balsan, le film se sauvait de justesse de l'ornière d'un certain parisianisme, avant qu'une figure virginale (Alice de Lencquesaing, comme avant elle Constance Rousseau, et par la suite Lola Créton)...

Quand on a 17 ans

On ne peut pas lui en vouloir, c’est ce qu’il fait. En bon artisan, Téchiné nous revient avec un film classique, psychologue et qui remet sur pied un schème bien connu de l’œuvre du réalisateur mêlant antagonisme, découverte de l’amour sexué et adolescence. Le mouvement a d’ailleurs le mérite de tendre vers une épuration du schéma dialectique : étalé sur les trois trimestres d’une année scolaire — celle des 17 ans —, le film nous présente la confrontation de Damien et Tom.  Ainsi, la séquence d’ouverture nous fait filer le long des routes ensoleillées de la plaine — « domaine » de Damien et sa famille bourgeoise —, et la seconde d’après nous emmène, sinueuse, à flanc de montagne enneigée, celle-là même où Tom tous les matins marche et prend le bus. L’antagonisme est donc posé d’emblée. De manière trop insistante, penseront sans doute certains. Mais au regard de la thématique, sans cesse récurrente chez Téchiné, de la confrontation des opposés, on ne ...

Beau travail

  En octobre dernier lors du FIFF, la vision de Parasol nous avait profondément écœuré. Nous écrivions dans notre critique du film publiée durant le festival à quel point ce genre de filouterie crapuleuse était intolérable. Surtout, nous misions sur l'intelligence du spectateur devant pareil et triste spectacle, l'un des pires films qu'il nous ait été donné de voir récemment. Or, près de cinq mois plus tard, que voit-on ? Une réception critique sans fausses notes, un concert de louanges. Nous ressentons un profond malaise à constater la cruelle désaffection critique de la presse cinéma wallonne, qui ne semble plus s'adresser qu'à un public relativement aisé, d'un certain âge, pas particulièrement cinéphile. Un public qui préfère aller au cinéma plutôt que le cinéma. Et les cinéphiles - jeunes comme vieux - de se retrouver orphelins, face à des journalistes ne sachant plus faire la part des choses entre la vie telle que montrée à l'écran et c...

Les Histoires d'Amour.

«Tout galérien qu'on était on s'est mis à bien rigoler, en voyant ça, droit devant nous... Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. » Tout commence par un élégant mouvement ascensionnel de la brume du fleuve au nuage des gaz d'échappement. This is NYC. Todd Haynes semble avoir retrouvé, dans sa vidéothèque sirko-wellesienne, la recette perdue. Du brouillard qui enveloppe la ville debout , s'échappent parfois le sommet d'un gratte-ciel ou bien une série d'automobiles parfaitement cirées. Le fantasme de la ville s’apprête à être malmené. Car la ville abstrait. Mais le film de Haynes s'engage, lui, à retrouver les individus dans un quotidien dans tout ce qu'il a d'exceptionnel.  Il va accompagner deux personnes, deux femmes, vouées d'ordinaire seulement à des regards polis, des mots vides, puis à l'oubli. Elles vont, au hasard du rayon jouets d'un grand mag...

Bear Grylls

   Il n'aura donc fallu que deux films américains à la nouvelle coqueluche du tout-Hollywood pour démontrer toutes les limites de son cinéma grandiloquent.  The Revenant  retrace l'exploit véridique du trappeur Hugh Glass qui en 1823  fut abandonné à l'article de la mort par des membres de son équipe dans l'hostile Dakota du sud actuel, avant de pourchasser sans relâche les traîtres malgré son agonie. Inarritu y fait heureusement moins pire qu'avec l'hystérique et creux  Birdman,  sorti l'année dernière pile au même moment, mais les grosses ficelles dont use et abuse le Mexicain commencent cruellement se faire jour. Au commencement, il y a d'abord une tête d'affiche ayant quelque chose à prouver : un Michael Keaton sur le retour pour  Birdman , ici un DiCaprio visiblement prêt à tous les sacrifices en vue de décrocher la fameuse statuette dorée le 28 février prochain (maudit running gag !). Vient après l'inénarrable performance technique :...

Donnez-nous des histoires d’amours folles.

Il s’agissait de rétrospective. Il en était ainsi du cycle ; l’année, finie, devait être comme approuvée, recevoir son sceau d’année finie, elle devait officialiser son passé. Nous préférons commencer, ici. Un éditorial, donc, pour commencer une année mais il serait malhonnête de commencer sans avant, de demander sans avoir reçu : il n’y a pas de début, juste des commencements. Ainsi du cinéma : toujours nous partons de quelque part, mais c’est vers où on regarde qui compte : comme Godard, nous levons les yeux, comme lui — parfois —, nous les baissons pour regarder ailleurs. Mais toujours nous regardons. De plus en plus juste pour l’image et donc, de plus en plus juste pour le son. Et les sentiments viennent, s’ils s’en sentent. Il n’y a pas d’ordre, en fait, à cette venue. Il est un malheur dans la « jeune critique » qui s’apparente à un certain formalisme, une perte de vue de ce qu’est le cinéma. Ou plutôt une autre vue du cinéma, bien triste. Ici, t...