Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du octobre, 2015

Apocalypse manquée

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FRANCOPHONE DE NAMUR   Ouverture de cette trentième édition fiffoise, mais aussi l'un des meilleurs films que l'on pouvait y découvrir,  Préjudice   laisse pourtant derrière lui un curieux sentiment : celui d'un acte manqué. En effet, si le premier long-métrage du Belge Antoine Cuypers laisse entrevoir des choses très intéressantes dans le microcosme de notre cinéma (des intentions formalistes inattendues entre autres), il peine en revanche à aller au bout de son idée, et plus loin, à respecter l'intégrité de cette dernière.    Nous nous apprêtons à prendre part à un repas de famille, chez une mère dont on ne connaîtra pas le nom, et son époux Alain, couple parents de trois enfants. L'un des deux garçons, Cédric, qui vit encore dans la grande et bourgeoise maison familiale, court comme un damné sur le tapis roulant de la buanderie. Ce soir, lors du dîner, une heureuse nouvelle sera annoncée à la famille : sa soeur Ca

Effeuillage

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FRANCOPHONE DE NAMUR     Attention, tout beau spécimen de "film de crapule" vu cette année au FIFF : avec sa première fiction longue Parasol , le sympathique Valéry Rosier a bien de la chance d'avoir été à ce point marqué par les grandes heures télévisuelles de feu Strip-Tease . C'est vrai, c'est tout de même grandement utile lorsque l'on veut à tout prix filmer alors que l'on n'a strictement rien à filmer, excepté une fascination misanthrope de très mauvais goût pour les gens (les petites, surtout). Ainsi, on peut réaliser Strip-Tease, le film en enfumant tout le monde (dont ses propres comédiens : pauvre Julienne Goeffers - abuser de la confiance des personnes d'un certain âge, c'est pas bien, Valéry...).    On est donc parti pour un joli programme : une heure et quart de cynisme ricanant, entretenant son petit jeu de connivence avec un spectateur complice. Où l'on suit momentanément troi

"Tu seras un homme, mon fils"

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FRANCOPHONE DE NAMUR Il y a deux cents ans, en Valachie, les gens savaient déjà tout le monde : le temps, l’instant, le bon ; et ils portaient déjà en eux toutes les générations suivantes, leurs torts et leurs vertus.  Constandin, un policier, se lance, pour contenter l’aristocratie locale, dans une chasse à l’homme. Enfin, c’est comme ça que l’on appelle aujourd’hui le gitan qu’il poursuit avec son fils à travers la campagne roumaine, gitan qui aurait volé de l’argent à son maître — ou eut une relation avec la femme de celui-ci, on ne sait pas très bien mais cela importe peu. L’esclave est déjà loin mais l’agent, perché sur son cheval est un fin limier : il gère l’enquête d’une main et, tranquillement, il vit, distille ses conseils et bons mots de l’autre.  Le périple commence par la rencontre avec un curé. Entre bonnes gens, il est normal de s’entraider et c’est donc tout naturellement que Constandin répare la charette de  l’homme

Le Grand Cirque

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FRANCOPHONE DE NAMUR Antarès Bonassieu mène, depuis quelques mois, une équipe d'une dizaine d'hommes chargée de contrôler un point sensible dans les reliefs afghans. Cette cuve rocheuse que surplombent leurs différents postes de surveillance semble à la fois être un « nulle-part » et l'épicentre en tension du monde entier. Si personne n'y rentre, ni n'en sort, alors la mission est accomplie. Mais un champ de vision vierge n'est pas pour autant signe de victoire. L'ennemi n'est plus une condition  sine qua non . Une fois le climat installé, les suspicions exacerbées, la guerre se développe par elle-même. Non pas sans l'homme, mais en l'homme. Sans combat, sa seule idée est destructrice. Quand les attaques ne sont pas des rafales de tirs, des explosions de mines ou des nuages de lacrymogènes, elles entament l'équilibre mental des belligérants. Elle se développe par parthénogenèse, elle s'auto-engen

« Mon Rot » ©

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FRANCOPHONE DE NAMUR Une descente de ski en famille et un rivage méditerranéen bordé de résidences en tous genres ; quelles deux images davantage idoines pour débuter ce film qui, d'emblée affiche avec éloquence et tact sa néo-bourgeoisie assumée ? Peut-être une soirée hype où le champagne coule à flots et un loft parisien démesuré ? Ce sont les troisième et quatrième images.  Moi Roi  conte dix ans de la vie (plus ou moins) commune de Marie-Antoinette dite Tony, avocate, et Georgio, propriétaire d'un restaurant ou on-ne-sait-pas-trop-quoi. Déjà, tout est dit. Dans ce monde particulier, qui vit en total détachement de ce qui ne se développe pas dans son arrondissement, Maïwenn, au gré des ellipses, laisse grandir en expansion continue la folie des grandeurs qui anime cette relation.   Tony (Emmanuelle Bercot), elle, semble, au commencement, sereine et équilibrée psychiquement : presque normale. Célibataire, elle sort sans doute régulièr

Obstinés

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FRANCOPHONE DE NAMUR   Au FIFF, la compétition internationale courts-métrages s'est achevée dimanche par la projection des quatre derniers prétendants, et par de bonnes surprises.   C'était donc en cet après-midi dominical que la Maison de la culture de Namur accueillait une troisième et ultime salve de courts issus de toute la francophonie, voire bien plus loin (pour le franco-cambodgien Davy Chou et son intriguant  Cambodia 2099  prenant place à Phnom Penh). Un programme hétéroclite brassant des horizons de cinéma variés mais à l'arrivée tous séduisants, à l'exception de  Roberta , très court court québécois nous faisant les présentations avec une grand-mère éponyme assez flippante (on comprend l'inquiétude du petit-fils) addict aux médocs comme aux soaps locaux, et en proie à d'inquiétantes crises d'hystérie durant lesquelles elle fait part de son désir d'avaler quelques goulées d'antigel. Un film déconcer